Empêcher une personne à mobilité réduite de voyager seule, alors qu’elle dispose d’une assistance réservée et qu’elle affirme être parfaitement autonome, soulève une question de principe : le handicap ne saurait devenir un motif d’exclusion.
Le témoignage de Badreddine Merrouni, citoyen de Madrid à mobilité réduite, interpelle. Et il mérite mieux qu’un simple incident classé parmi les désagréments ordinaires du transport aérien.
Le 16 septembre dernier, alors qu’il devait prendre un vol entre Madrid et Tanger, Merrouni affirme s’être vu refuser sa carte d’embarquement au motif qu’il voyageait sans accompagnateur. Il précise pourtant avoir réservé à l’avance l’assistance destinée aux personnes à mobilité réduite, aussi bien au départ qu’à l’arrivée.
La situation aurait pris une tournure pour le moins surprenante lorsqu’une passagère, infirmière de profession, s’est spontanément proposée pour l’accompagner. Selon son témoignage, cette solution aurait également été refusée au motif qu’elle n’était pas un membre de sa famille.
Le handicap n’est pas une incapacité
Au-delà des circonstances précises de cet incident, qui devront être éclaircies par les parties concernées, un principe ne devrait souffrir aucune ambiguïté : une personne à mobilité réduite reste un passager à part entière.
Être en situation de handicap ne signifie pas être privé de sa liberté de déplacement. Cela ne signifie pas non plus être automatiquement considéré comme incapable de voyager seul, de prendre des décisions ou d’organiser ses déplacements.
L’assistance destinée aux personnes à mobilité réduite existe précisément pour permettre à ces voyageurs d’accéder aux transports dans des conditions adaptées, et non pour transformer leur handicap en obstacle supplémentaire.
Une question de dignité
Le récit de Badreddine Merrouni est d’autant plus préoccupant qu’il affirme avoir l’habitude de voyager seul et avoir expressément organisé son assistance avant son départ.
S’il est confirmé que l’embarquement lui a été refusé uniquement parce qu’il voyageait sans un membre de sa famille, il ne s’agirait pas d’un simple problème administratif. Ce serait une situation qui interroge directement le respect de la dignité, de l’autonomie et de l’égalité d’accès au transport des personnes à mobilité réduite.
Une personne handicapée ne demande pas un privilège. Elle demande que ses droits soient respectés.
Le cas rapporté doit donc appeler une clarification sérieuse et transparente. Les règles applicables aux voyageurs à mobilité réduite doivent être connues, clairement expliquées et appliquées sans arbitraire.
Car derrière ce témoignage, il y a une réalité beaucoup plus large : celle de milliers de personnes qui souhaitent voyager, travailler, rendre visite à leurs proches ou simplement vivre normalement sans devoir, à chaque déplacement, démontrer qu’elles sont capables de faire ce que les autres passagers font sans même y penser.
La mobilité réduite ne devrait jamais réduire les droits.
Un fauteuil roulant, une canne ou toute autre limitation physique ne retire à personne sa qualité de citoyen, sa dignité ni son droit de circuler. L’inclusion commence précisément lorsque la société cesse de considérer le handicap comme une raison de fermer une porte.
